La technologie peut-elle vaincre le handicap ?

Exosquelettes, prothèses intelligentes imprimées en 3D… Les progrès de la technologie destinée aux personnes handicapées semblent infinis. Jusqu’à mettre fin au handicap de façon générale ? Pas si sûr.
Grâce aux progrès réalisés dans les domaines de la modélisation médicale, de l’électromécanique et des neurosciences, le développement de prothèses bioniques et de dispositifs technologiques d’autonomisation toujours plus intelligents ouvrent des perspectives révolutionnaires dans la compensation du handicap au quotidien.
Et si derrière la démocratisation des exosquelettes intelligents, des membres bioniques contrôlés par la pensée, ou bien encore de l’appareillage prothétique low-cost via l’impression 3D, se dissimulait la promesse d’un monde sans handicap ? Retour sur un rêve peut-être en train de devenir réalité pour ceux et celles qui aspirent à vivre « comme les autres ».

LES ARGUMENTS « POUR »…

Argument numéro 1 – Redonner l’espoir d’une « vie normale »

« Maintenant, je peux tout faire, courir, jouer au football ». Le jeune Jesse Ayebazibwe se réjouit devant les caméras du monde entier. Cet Ougandais de neuf ans vient alors de recevoir une prothèse d’un nouveau genre remplaçant la jambe qu’il avait perdue dans un accident de la route. La technologie accomplit ainsi de petits miracles, répare les corps, et redonne l’espoir d’une « vie normale » à de nombreuses personnes en situation de handicap. D’Oscar Pistorius et ses records de vitesse accomplis avec une jambe artificielle, au petit Maxence, 6 ans, qui bénéficie d’une main imprimée en 3D, les exemples séduisent à chaque fois foules et médias, et font rêver à une humanité libérée de ses défaillances.

Argument numéro 2 – Compensation du handicap : des progrès technologiques spectaculaires

La recherche technologique de pointe accouche aujourd’hui d’innovations dont le but n’est plus d’aider à « faire avec » le handicap mais tout bonnement d’arriver à « faire sans »;. À l’image de la start-up israelienne Rewalk Robotics qui a développé l’un des premiers exosquelettes intelligents portables, on peut aisément s’imaginer, en parallèle du développement des neurosciences, une société où les individus atteint d’un handicap des membres inférieurs n’auront plus à se déplacer en fauteuil roulant car ils contrôleront leur exosquelette par la pensée. De même, avec l’apparition des implants rétiniens et des premiers prototypes delentilles intelligentes, les personnes aveugles ou mal-voyantes ne vivront plus leur cécité comme une fatalité puisqu’ils pourront quelle que soit leur pathologie recouvrir partiellement la vue. Des avancées prodigieuses dont on peine à saisir l’étendue des possibilités comme en témoigne la prouesse dernièrement réalisée par la Case Western Reserve University qui a réussi à implanter un bras artificiel à deux hommes permettant de ressentir les objets saisis et les textures.

Argument numéro 3 – L’open source et impression 3D : vers une démocratisation des dernières innovations technologiques

Le recours à l’impression 3D dans la fabrication de prothèses (orthopédiques, auditives, etc.) se généralise car elle offre l’avantage de produire rapidement et à bas coût des dispositifs parfaitement adaptés à la morphologie du patient. Plusieurs start-ups profitent de la démocratisation de ce procédé pour révolutionner le quotidien de personnes handicapées en partageant gratuitement plans et codes pour réaliser des prothèses low-cost à la pointe de la technologie. Au Soudan, la société Not Impossible a par exemple ouvert le premier laboratoire et centre d’apprentissage d’impression 3D pour former les populations locales à l’utilisation de cette technologie dans la conception, en moins de deux jours, de bras prosthétiques pour un coût d’environ 75 euros. En France, Nicolas Huchet a, lui, lancé en partenariat avec un fab lab rennais, le projet Bionico Hand qui porte sur la création de prothèses myoéléctriques à partir de plusieurs technologies open-source comme l’impression 3D, des capteurs musculaires ou bien des circuits Arduino, le tout à moins de 300 euros.

LES ARGUMENTS « CONTRE »…

Argument numéro 1 – Des technologies qui restent pour l’instant encore difficilement accessibles au commun des mortels

Pour mettre fin au handicap, il faudrait que toutes les personnes handicapées puissent avoir accès aux nouvelles technologies mais également qu’elles puissent faire reproduire à échelle locale les derniers appareillages et dispositifs qui ne sont pas encore commercialisés partout dans le monde ou qui restent encore trop onéreux à l’image de certains exosquelette pour lesquels il faut parfois débourser dans les 50 000 euros. Dans une grande majorité de pays, ces technologies sont inaccessibles, laissant de nombreux handicapés exclus du progrès. L’Ouganda, par exemple, ne compte que 12 techniciens orthopédiques pour 250 000 enfants ayant perdu un membre. Aussi, la question de l’accès se résoudra par l’appropriation par les populations de technologies (l’impression 3D en premier lieu) au travers de la fabrication personnelle et du partage de compétences entre scientifiques, industriels et particuliers.

Argument numéro 2 – Des technologies qui demeurent difficiles à s’approprier

La vie avec une prothèse ou un appareillage technologique reste contraignante. Pour accepter et s’approprier ces dispositifs, les personnes handicapées doivent bénéficier d’une aide autant technique que psychologique dont l’accès n’est pas assez développé aujourd’hui.

Argument numéro 3 – Le handicap reste dans le regard des autres

Le handicap se vit dans le regard des autres. Pour l’abolir d’un point de vue universel, il faudrait parvenir à ce que la société ne différencie plus les porteurs de prothèses et autres appareillages compensatoires des autres citoyens. La personne atteinte d’un handicap visible est-elle vouée à rester stigmatisée et donc ostracisée ? Pas si sûr. Pour résoudre la question de l’acceptation des prothèses par les enfants handicapés et lutter contre leur exclusion à l’école, le designer colombien Carlos Arturo Torres a ainsi développé avec le département de recherche et développement de Lego un bras robotisé baptisé IKO sur lequel l’enfant peut installer à la place de la main ses propres créations en Lego (pince, pelleteuse ou fusée) et jouer avec ses camarades. Une manière de faire évoluer positivement les mentalités dès le plus jeune âge.

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