LUTTE CONTRE BOKO HARAM : Une coalition incomplète (Editions Le Pays)

Les jours de Boko Haram sont-ils comptés ? En tout cas, la peur a changé de camp. La secte islamiste qui s’est largement illustrée par sa barbarie et qui, face au laxisme et à la poltronnerie de l’armée nigériane, bombait le torse, rase maintenant les murs. Face à l’armée camerounaise, elle avait déjà des difficultés. Mais elle n’avait encore rien vu. Avec l’entrée en scène de l’armée tchadienne, c’est la queue entre les jambes qu’elle détale.

En effet, l’armée tchadienne dont la témérité n’est plus à démontrer, est devenue le cauchemar des islamistes au Nigeria. Rien à voir avec ces soldats nigérians qui prenaient la poudre d’escampette dès que les islamistes pointaient le bout du nez. Tel un puissant insecticide sur des cafards et autres insectes nuisibles, l’action des soldats tchadiens cause l’hécatombe dans les rangs de ces « fous de Dieu ».

La communauté internationale est en ordre de bataille contre Boko Haram

Et c’est tant mieux pour les populations innocentes abandonnées naguère à la barbarie de ces monstres.

Et visiblement, ces déboires de Boko Haram sont en passe de s’aggraver. Avec le déploiement dans les mois à venir, d’une force multinationale de 8700 militaires venus du Tchad, du Cameroun, du Niger, du Bénin et du Nigeria, Abubakar Shekau et ses affidés ont vraiment du souci à se faire. Surtout que cette force devra avoir le droit de poursuivre les « illuminés » sur les territoires de tous les pays concernés par ses opérations. Il faut dire que les récentes atrocités de Boko Haram ont eu le don de sonner le réveil de la communauté internationale.

Les Nations unies et l’Union africaine (UA) sont désormais sur le pied de guerre. Le mot d’ordre est désormais « tous contre Boko Haram ». Par ses massacres de populations civiles, la secte a réussi à faire l’unanimité contre elle. Elle a franchi, et ce depuis belle lurette, le seuil de l’humainement tolérable. Beaucoup de vies fauchées par ces obscurantistes, ces barbares d’un autre monde.

Et même Goodluck Jonathan et son équipe semblent  revenus sur terre. Eux qui n’étaient préoccupés que par les élections présidentielle et parlementaire à venir, ont fini par comprendre à quel point Boko Haram est un danger. C’est du moins la lecture que l’on peut faire du report de 6 semaines des consultations électorales dans le pays, contesté par l’opposition. Et si la situation sécuritaire ne s’éclaircit pas rapidement, il faudra craindre un, voire d’autres reports de ces scrutins.

La communauté internationale est donc en ordre de bataille contre Boko Haram. Certes, il n’est jamais tard pour bien faire. Mais on ne peut s’empêcher de déplorer que le dispositif international contre cette secte, ait mis tant de temps à se mettre en place. Le déploiement des 8700 hommes intervient après des années de terreur de ces illuminés, dans une sorte d’indifférence générale. La communauté internationale dans son ensemble et l’UA en particulier, n’accordent pas une place de choix à la dimension anticipation.

Pourtant, il est évident que l’anticipation et la prévention doivent constituer des dimensions importantes dans la lutte contre les fléaux comme les épidémies et les phénomènes comme Boko Haram. C’est proprement indécent de faire dans la « réunionite », pendant que des populations sont trucidées au nom d’un obscurantisme des plus sordides. C’est dire à quel point ce réveil face au péril Boko Haram est salutaire, nécessaire et même obligatoire. Il faudra fédérer les énergies et les ressources dans cette bataille.

Boko Haram surfe, c’est connu, sur la vulnérabilité des populations, leur ignorance et leur méconnaissance des textes religieux. Ces populations qui manquent parfois d’une bonne formation religieuse, sont une cible facile à embobiner.

Il appartient aux grands érudits de l’islam de travailler sans relâche à rectifier le message « satanique » de ces imposteurs. C’est ce qui permettra de contenir la propagande djihadiste que mènent ces individus sans foi ni loi, qui se font passer pour des croyants musulmans alors   qu’ils trucident sans état d’âme des imams et autres religieux. Il convient, en plus de gagner cette bataille de la sensibilisation et de la formation religieuse, de relever le défi du développement. L’idéologie obscurantiste de Boko Haram tire également profit de la misère des populations pour prospérer.

Les jeunes désœuvrés sont généralement des proies faciles. Il est aisé de les appâter avec quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Surtout quand l’avenir est aussi sombre qu’il l’est, dans de nombreux pays africains. L’atteinte d’un bon niveau de développement des pays, la garantie d’un niveau de vie décent aux populations, sont de nature à couper l’herbe sous les pieds de Boko Haram.

Quant aux armées africaines, il faudra œuvrer à les rendre plus opérationnelles

Un autre défi et non des moindres, est de travailler à tarir les sources de financement de Boko Haram. La difficulté réside moins dans l’identification des sources de financement que dans les dispositions à prendre pour assécher ces sources. On sait en effet que beaucoup de pays sont indexés, mais qu’ils représentent des intérêts énormes pour les grandes puissances.

Beaucoup de pays cités comme des bras financiers de l’islamisme radical, sont des partenaires des grandes puissances comme les Etats-Unis d’Amérique dont ils bénéficient des bonnes grâces, à cause notamment du pétrole. Et comme « personne n’ose dire que la mère du roi est une sorcière », ces pays chouchoutés par le pays de l’Oncle Sam ne sont pas inquiétés.   Il faudra donc que cesse cette sorte d’hypocrisie des grandes puissances mondiales, dans la lutte contre le terrorisme.

En attendant, et en ce qui la concerne, l’UA devra bien attacher son pagne dans cette lutte. Elle ne devra pas se rasseoir tant que cette nébuleuse constituera un danger pour les populations. Et rien ne doit être négligé dans cette lutte. Elle serait bien inspirée de manœuvrer pour rallier beaucoup plus de pays à sa cause. Car, dans cette guerre, on a actuellement une coalition incomplète.

En effet, il n’est pas raisonnable qu’un seul pays du Sahel, de l’Afrique de l’Ouest, voire de toute l’Afrique, reste les bras croisés dans cette lutte. Surtout que des connexions sont établies entre Boko Haram et les islamistes qui écument le Nord-Mali.

Ce serait une grave erreur de penser pouvoir anéantir Boko Haram, tant que les autres pays dormiront sur leurs lauriers.   La  « bête » a du reste déjà montré qu’elle peut contourner la ligne de front et s’en prendre, dans sa lâcheté, aux populations sans défense comme elle l’a fait récemment au Cameroun, dans sa débandade face à l’armée tchadienne. Si les autres pays rejoignaient la coalition actuelle, ce serait une sorte de mise en garde claire et sans ambigüité adressée à Boko Haram. Et l’impact psychologique d’une telle mobilisation serait des plus importants sur cette secte.

Quant aux armées africaines, il faudra œuvrer à les rendre plus opérationnelles. A force de tergiverser face aux urgences, à force d’attendre que des forces militaires soient constituées et formées avant d’être envoyées sur les théâtres des conflits, on continuera d’enregistrer des drames humains qui sont, toutes proportions gradées, évitables. Il est indécent  que des pans entiers de territoires de pays souverains, soient complètement délaissés sur le plan sécuritaire.

Il est honteux que l’essentiel des armes d’un pays soient stockées dans la capitale, juste dans le souci d’éviter des coups d’Etat, et que les autres régions du pays soient exsangues en termes de moyens logistiques et militaires. Il est inacceptable que la sécurité d’un individu, soit-il chef d’Etat, soit plus importante que celle de son pays. Et l’Afrique devra rapidement gommer de telles scories pour espérer paix, sécurité et stabilité.

« Le Pays »

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